De l'impossibilité de comprendre les Chinois...

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De l'impossibilité de comprendre les Chinois...

Message par Alca//122 le Ven 1 Fév 2008 - 15:08


De l'impossibilité de comprendre les Chinois quand on est Taïwanais !


A l'occasion de la sortie en France du Voyage du ballon rouge, un film réalisé à Paris, le réalisateur taïwanais Hou Hsiao-hsien parle de ses tournages dans l'Hexagone et au Japon, et explique sa difficulté à tourner en Chine continentale. Interview.


Hou Hsiao Hsien, mai 2007, Cannes
AFP



Avez-vous déjà tourné en Chine ?

Deux fois, mais uniquement pour utiliser les décors de scénarios situés à Taïwan. Quant au film Les Fleurs de Shanghai, il a été entièrement été tourné à Taïwan. Le scénario du Maître de marionnettes (1993) se situe à Taïwan, mais le film a été tourné dans la province du Fujian, dont la végétation et l'architecture ressemblent beaucoup à celles de l'île. De part et d'autre, les gens parlent le même dialecte minnan.

Aller filmer un sujet chinois sur le continent, pour l'instant, me semble impossible. Car, à partir de la Révolution culturelle [1966-1976], la Chine a tout détruit de ce qui était ancien – contrairement à Taïwan. Pour moi, tourner en Chine continentale serait encore plus difficile que tourner en France ou au Japon, parce que je comprends ce que les gens disent, mais leur vocabulaire et leur façon de voir les choses est si différente ! On comprend, mais on se demande ce que cela veut vraiment dire. Alors que, lorsque je ne comprends pas un mot, comme avec le français ou le japonais, cela me semble beaucoup plus facile quand on me traduit ce qui ce dit.

J'ai beaucoup d'amis en Chine, mais leur manière de s'exprimer et leur système de valeurs est très différent. Pendant que j'étais à Pékin, à la fin de l'année dernière, je suis allé à l'Institut de cinéma. Nous étions assis à attendre un professeur, et les étudiants venaient tous me voir, me demander des autographes, me prendre en photo, sans commentaire, cela leur semblait naturel. A Taïwan, ils n'auraient pas osé. En Chine, les gens sont extrêmement directs. C'est une différence de culture importante. Pour nous, chaque individu a son espace individuel, et on le respecte, mais ce n'est pas le cas sur le continent. Ils sont tout le temps les uns sur les autres, il y a peu de respect de l'autre. Après plus de cinquante ans de séparation avec Taïwan, les écarts se sont creusés.

Cela n'a rien à voir avec des différences politiques ?

Non, rien à voir.

Si vous avez employé une Chinoise du continent pour jouer dans Le Voyage du ballon rouge, c'est quand même qu'il y a des points communs très forts…

Bien sûr. Mais il me faudrait passer beaucoup de temps à observer pour pouvoir tourner sur un sujet chinois actuel. J'ai l'habitude de passer du temps dans un endroit avant de tourner, de me familiariser avec lui, de regarder les petits métiers, de comprendre comment les choses se passent. Le Japon étant assez proche, j'ai pu voir et lire beaucoup de choses avant d'y tourner [Café lumière, en 2003]. Sur le continent, bien sûr, j'ai lu des choses depuis mon enfance, mais Taïwan ignore tout de ce qui s'y est passé après 1949, les relations ont été rompues. Ce que nous avons lu sur la Chine passe par la littérature, ou, pour la période la plus récente, par le cinéma, avec des films comme Le Sorgho rouge [de Zhang Yimou, 1987]. Et peu de films parlent de la culture citadine actuelle sur le continent. Les modes de vie citadins me sont encore très étrangers, les Chinois n'ont pas encore trouvé leurs marques dans cette vie affairée à gagner de l'argent. On ne retrouve pas cette atmosphère survoltée dans des villes anciennes comme Paris ou Taipei.

N'avez-vous pas envie de filmer les changements actuels de la Chine ?

Je pourrais tourner des films situés dans le passé, pas dans le présent, il me faudrait trop de temps à me poser pour observer. Mais mon dernier voyage m'a un peu donné l'envie et l'idée de tourner à Pékin. J'en reviens à peine, ma dernière visite remontait à il y a deux ans. Cette fois-là, je logeais à Pékin au niveau du quatrième périphérique. Je ne retrouvais rien de mes impressions datant de 1990. Cette fois-ci, j'ai logé au niveau du deuxième périphérique, dans le centre ancien, et j'ai eu l'impression que le Pékin d'avant était revenu. Un jour, nous attendions une voiture à l'extérieur, il y avait un peu de brouillard, les tramways électriques au milieu de la rue, ces tramways sans rails de Pékin… J'ai eu l'impression que je pouvais enfin ressentir quelque chose pour Pékin. Le cinéma est fait de détails. Pour les noter et pouvoir en restituer les impressions, il faut habiter un endroit pendant un certain temps. Si l'on n'est pas exact, on ne peut rien exprimer. Les impressionnistes étaient extrêmement réalistes. La lumière, les formes… Pour le cinéma, c'est pareil.

La lecture d'une histoire commune n'est pas la même de part et d'autre du détroit de Taïwan…

J'ai voulu, il y a longtemps, tourner un film à propos du gouvernement de Nankin [1940-1945], mais je n'y ai pas été autorisé par les autorités chinoises. Il me serait plus simple d'aborder la question de la Chine par le côté taïwanais. J'ai par exemple en tête un projet sur le Parti communiste clandestin de Taïwan, un aspect de l'histoire que ni la Chine ni Taïwan ne connaissent bien. Il s'agit de Taïwanais partis combattre le Japon sur le continent, qui y ont rejoint les communistes, et ont constitué le Parti communiste taïwanais en rentrant. La gauche taïwanaise conserve ses idéaux socialistes, elle a été clandestine dans les annéees 1950, beaucoup de ses membres ont été emprisonnés, pour des périodes très longues, parfois plus de trente ans. Ils ne sont pas nombreux, ils ont toujours été en marge de l'Histoire. J'aimerais faire quelque chose pour eux, je les comprends, et je trouve qu'il ne faudrait pas les ignorer éternellement. Sur le continent, il y a aussi des sujets vus du point de vue de Taïwan, comme la vie des commerçants taïwanais qui y travaillent, ou encore celle des femmes du continent qui se sont mariées à Taïwan. Leur position sociale est très difficile, elles sont regardées de haut.

Les changements politiques de part et d'autre peuvent-ils faciliter de tels projets ?

A Taïwan, je filme ce que je veux. Quant à la Chine, c'est un monde en soi – c'est si grand ! Il leur faut du temps pour parvenir à une certaine maturité politique. Lorsqu'ils seront parvenus à avoir une vie politique normale, on en reparlera. J'ai l'impression que vingt ans ne seront pas de trop.

Propos recueillis par Agnès Gaudu
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